Carrière longue 2026 : depuis le 1er septembre, de nouvelles règles s’appliquent à la retraite anticipée pour carrière longue. La CNAV les précise dans une circulaire publiée le 4 septembre 2026.
Le dispositif carrière longue permet, sous certaines conditions, de partir à la retraite avant l’âge légal. Son fonctionnement repose essentiellement sur deux conditions : avoir commencé à travailler suffisamment jeune et justifier d’un nombre suffisant de trimestres cotisés ou réputés cotisés.
La principale nouveauté applicable depuis le 1er septembre 2026 concerne les droits liés aux enfants : certaines majorations de durée d’assurance ou bonifications pour enfants peuvent désormais être prises en compte, dans la limite de 2 trimestres sur l’ensemble de la carrière, pour apprécier la durée cotisée nécessaire à un départ anticipé.
1. Première condition : avoir commencé son activité suffisamment jeune
Le dispositif repose sur quatre bornes correspondant à un début d’activité avant 16 ans, 18 ans, 20 ans ou 21 ans.
Pour les assurés nés à compter de 1971, ces quatre bornes permettent respectivement d’envisager un départ à partir de :
- 58 ans pour un début d’activité avant 16 ans ;
- 60 ans pour un début avant 18 ans ;
- 62 ans pour un début avant 20 ans ;
- 63 ans pour un début avant 21 ans.
Pour les générations antérieures, et notamment celles nées entre septembre 1961 et 1970, des âges intermédiaires s’appliquent.
Mais avoir exercé une première activité avant 20 ans, par exemple, ne suffit pas.
Pour être considéré comme ayant commencé son activité avant cet âge, il faut en principe avoir réuni au moins 5 trimestres avant la fin de l’année civile de son 20e anniversaire.
Cette condition est ramenée à 4 trimestres pour les personnes nées au cours du dernier trimestre de l’année. La même mécanique s’applique aux bornes de 16, 18 et 21 ans.
Il faut donc distinguer l’âge auquel une personne a réellement commencé à travailler et le nombre de trimestres enregistrés avant la fin de l’année de référence.
2. Deuxième condition : réunir suffisamment de trimestres cotisés
C’est souvent ici que l’analyse devient plus complexe.
Pour bénéficier d’une retraite anticipée pour carrière longue, il faut réunir une durée d’assurance cotisée correspondant à la durée nécessaire pour obtenir une retraite à taux plein, déterminée en fonction de l’année de naissance.
Cette durée s’apprécie tous régimes de base obligatoires confondus.
Mais tous les trimestres figurant sur un relevé de carrière ne sont pas nécessairement des trimestres cotisés au sens du dispositif carrière longue.
C’est une distinction essentielle.
Un relevé peut, par exemple, faire apparaître 172 trimestres d’assurance alors que le nombre de trimestres retenus pour l’ouverture du droit à carrière longue est inférieur.
Pourquoi ? Parce qu’une partie de la carrière peut avoir été validée sans versement direct de cotisations par l’assuré.
3. Des trimestres non cotisés peuvent néanmoins être retenus
Le dispositif prévoit toutefois une exception importante.
Certaines périodes qui n’ont pas réellement donné lieu à cotisations sont considérées, dans certaines limites, comme si elles avaient été cotisées. On parle de périodes réputées cotisées.
La circulaire rappelle notamment la prise en compte :
- du service national, dans la limite de 4 trimestres ;
- de la maladie et de l’incapacité temporaire liée à un accident du travail, dans une limite globale de 4 trimestres ;
- de la maternité et de l’adoption, selon les règles prévues par le dispositif ;
- de l’invalidité, dans la limite de 2 trimestres ;
- du chômage et de l’activité partielle, dans la limite de 4 trimestres ;
- des trimestres issus du compte professionnel de prévention ;
- de certaines périodes d’assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF) ou des aidants (AVA), dans la limite de 4 trimestres.
Ces plafonds doivent être appréciés sur l’ensemble de la carrière et, lorsque plusieurs régimes sont concernés, tous régimes confondus. Par ailleurs, il ne peut être retenu plus de quatre trimestres cotisés ou réputés cotisés au titre d’une même année civile.
C’est cette mécanique qui explique pourquoi une étude carrière longue ne peut pas se limiter à lire le nombre total de trimestres affiché sur un relevé.
4. La nouveauté de septembre 2026 : jusqu’à 2 trimestres liés aux enfants
C’est l’une des évolutions importantes apportées par les textes applicables depuis le 1er septembre 2026.
Jusqu’à présent, les majorations de durée d’assurance attribuées au titre des enfants n’entraient pas, en tant que telles, dans la durée cotisée nécessaire à la carrière longue.
Désormais, certaines majorations ou bonifications pour enfants peuvent être réputées cotisées dans la limite de 2 trimestres sur l’ensemble de la carrière.
Sont notamment concernées, au régime général, les majorations accordées au titre :
- de la maternité ;
- de l’éducation ;
- de l’adoption ;
- du congé parental.
La mesure ne concerne d’ailleurs pas uniquement le régime général. La circulaire prévoit également la prise en compte de certains avantages pour enfants attribués par d’autres régimes : fonction publique, non-salariés agricoles, professions libérales, avocats et plusieurs régimes spéciaux.
En revanche, toutes les majorations liées aux enfants ne sont pas concernées.
Par exemple, la majoration de durée d’assurance accordée au titre d’un enfant handicapé n’est pas retenue comme période réputée cotisée dans le régime général. La circulaire comporte en annexe un tableau détaillé permettant d’identifier, régime par régime, les majorations éligibles.
Concrètement, qu’est-ce que cela change ?
Prenons une personne qui doit réunir 172 trimestres cotisés ou réputés cotisés pour bénéficier d’une retraite anticipée.
Après analyse de sa carrière, elle n’en totalise que 170.
Si elle bénéficie par ailleurs de majorations de durée d’assurance pour enfants entrant dans le champ de la nouvelle mesure, 2 trimestres pourront désormais compléter sa durée cotisée.
Elle pourra alors atteindre les 172 trimestres nécessaires.
La réforme ne donne donc pas systématiquement deux trimestres supplémentaires à toutes les personnes ayant eu des enfants. Elle permet de mobiliser, si cela est nécessaire pour ouvrir le droit, jusqu’à deux trimestres parmi certaines majorations ou bonifications déjà acquises au titre des enfants.
C’est une différence importante.
5. Attention au cumul des différentes périodes réputées cotisées
La mécanique devient encore plus technique lorsqu’une carrière comporte plusieurs catégories de périodes assimilées : chômage, maladie, invalidité, maternité, AVPF, droits liés aux enfants, etc.
La CNAV précise que lorsqu’il existe plusieurs possibilités d’affectation de ces périodes, la combinaison la plus favorable à l’assuré doit être recherchée, afin de retenir le nombre maximal de trimestres réputés cotisés sur l’ensemble de la carrière.
Autrement dit, l’étude ne consiste pas simplement à additionner mécaniquement toutes les périodes.
Il faut tenir compte à la fois :
des plafonds propres à chaque catégorie, du maximum de quatre trimestres par année civile, des droits éventuellement acquis auprès de plusieurs régimes et de la combinaison la plus favorable.
C’est notamment pour cette raison que deux carrières présentant le même nombre total de trimestres peuvent aboutir à des résultats différents en matière de carrière longue.
6. Les rachats de trimestres ne sont pas automatiquement retenus
Autre point de vigilance : avoir racheté des trimestres ne signifie pas nécessairement qu’ils pourront être utilisés pour bénéficier d’une retraite anticipée pour carrière longue.
Les règles dépendent de la nature du rachat et parfois de la date à laquelle il a été effectué.
Ainsi, les versements pour la retraite concernant des années d’études supérieures ou des années incomplètes demandés depuis le 13 octobre 2008 sont exclus de l’appréciation du droit à carrière longue.
En revanche, les versements permettant de compléter certaines années d’apprentissage peuvent être retenus.
Là encore, la seule présence de trimestres supplémentaires sur le relevé de carrière ne permet donc pas de conclure.
7. Comment vérifier son droit à la carrière longue ?
L’étude de l’éligibilité à la carrière longue doit être réalisée avant le dépôt de la demande de retraite, afin de vérifier que les deux conditions sont bien remplies : avoir commencé son activité suffisamment jeune et réunir la durée d’assurance cotisée ou réputée cotisée nécessaire.
Cette vérification est d’autant plus importante que le nombre total de trimestres figurant sur le relevé de carrière ne correspond pas nécessairement au nombre de trimestres retenus pour la carrière longue.
L’Assurance retraite peut alors établir une attestation de situation au regard de la retraite anticipée pour carrière longue.
Cette attestation préalable n’est toutefois pas juridiquement indispensable au dépôt de la demande : son absence n’empêche pas l’instruction d’une demande de retraite anticipée.
J’ajouterais même une phrase très pratique, importante pour MD retraite :
Il est donc fortement déconseillé de cesser son activité professionnelle sur la seule base d’une estimation ou du nombre de trimestres affiché sur son relevé de carrière, sans avoir préalablement sécurisé son droit au départ anticipé.
Ce qu’il faut retenir
La retraite anticipée pour carrière longue ne se résume pas à la question : « Combien ai-je de trimestres ? »
Il faut successivement vérifier :
à quel âge la carrière a commencé, combien de trimestres ont été acquis avant la borne d’âge correspondante, quelle durée cotisée est exigée pour la génération concernée, quels trimestres sont réellement cotisés, quelles périodes peuvent être réputées cotisées et dans quelles limites.
Depuis le 1er septembre 2026, il faut ajouter à cette analyse la possibilité de retenir jusqu’à deux trimestres issus de certaines majorations ou bonifications pour enfants.
Faire vérifier son éligibilité à la carrière longue
Les règles de la carrière longue nécessitent une analyse précise de la carrière : âge de début d’activité, nombre de trimestres acquis, nature des périodes validées et prise en compte des trimestres réputés cotisés.
MD retraite accompagne les assurés dans l’étude de leur carrière afin de vérifier si les conditions d’un départ anticipé pour carrière longue sont réunies et de déterminer la première date de départ possible.